Les Pervers Narcissiques

Pour bien comprendre ce que sont les pervers narcissiques et leur fonctionnement, je vous conseille de vous rendre en premier lieu sur l’article précédent qui explique les bases de la structure perverse.

Dans cet article en trois parties, je vais vous expliquer quelles sont les spécificités cliniques et psychopathologiques du pervers Narcissique, nous étudierons un cas clinique par le biais de Fletcher, le chef d’orchestre pervers narcissique de l’extraordinaire film de Damien Chazelle : Whiplash, et enfin je vous donnerai les bases de la « self-défense psychique » pour vous défendre face aux pervers narcissiques !

Reprenons très rapidement les bases de la perversion :

  • Relation d’objet anaclitique
    Ce qui veut dire que le rapport à l’autre est du côté de la dépendance, du besoin impérieux de l’autre pour vivre ou se sentir exister ET que l’autre ne sera pas considéré comme une personne ou objet total mais un objet partiel qui a uniquement pour fonction d’être utile au sujet pervers.
  • Un mécanisme de défense principal qui est le Déni
    Nous avions donc vu à quel point le pervers ne voulait pas accepter une partie du réel, un manque qui lui est insupportable
  • Le clivage du moi
    Pour fonctionner face et avec l’autre, le pervers va cacher une part de lui en ayant une partie tout à fait adaptée voire, sociable ET une partie complètement séparée qui assouvie d’abord et avant tout ses pulsions et désirs sans se soucier d’autrui.

Et bien chez le PERVERS… NARCISSIQUE nous avons tous ces éléments de la perversion ET ceux plus spécifiques d’un trouble majeur de la personnalité narcissique !

Pour le psychiatre Alberto Eiguer, la perversion narcissique allie 2 éléments : la destructivité et la compromission d’une autre psyché, ce qu’il appelle l’ « extraterritorialité », le sujet cherche la « résolution externe de ses conflits internes« .

Vous voyez que c’est très anaclytique comme fonctionnement, il s’appuie clairement sur l’autre dans un rapport de dépendance / manipulation / voire harcèlement. Alberto Eiguer nous parle encore de forme de perversion morale là où pour d’autres perversions il va souvent s’agir de perversion sexuelle. Il ajoute que c’est « une extrême du narcissisme« .

Pour les pervers narcissique, on peut vraiment penser que l’objet dont il sont castrés, ce qui leur manque, ce qui leur est absolument insupportable, c’est l’estime véritable de soi.

Ils ont une très mauvaise image de soi, vraiment négative. Du coup, Si le pervers narcissique fonctionne sur du déni, du clivage du moi, une angoisse de castration et un rapport d’objet anaclitique… Qu’est-ce que ça peut impliquer comme comportement défensif ?

1 – Déni :
Il va nier sa mauvaise estime de lui, grâce au déni, il va justement montrer une grande confiance en lui, il confond son moi idéal avec l’image du moi, ce qui peut donner lieu à des pensées, des discours et des positionnements mégalomaniaques.

Il est dans le déni de ses propres difficultés, de sa culpabilité, de ses peurs et angoisses.

Comme nous le présentions dans l’article précédent, le pervers a un fonctionnement très infantil. Donc comme dans une cours de récréation, nous avons affaire à un enfant qui nous dit : « C’est pas moi, même pas peur et même pas vrai !« 

2 – Clivage du moi :

Comme déjà évoqué, le pervers déni une part du réel tout en en ayant conscience.

Donc pour tenir face à cette image de soi extrêmement blessée, le pervers narcissique a une partie qui pourrait accepter que oui, il a une blessure narcissique profonde mais « NON, je ne veux pas le voir et je vais agir comme si ce n’était pas le cas« .

Il va donc plutôt mettre en avant sa partie de l’idéal du moi, se poser en référence, en « être non castré » ou parfait et sans manque si vous préférez et rares seront celles et ceux qui auront accès à l’autre partie clivée du moi.

C’est un secret extrêmement bien gardé.

Ce clivage du moi va également jouer sur un aspect assez technique des défenses du moi : La projection.

La projection est une défense typiquement névrotique qui signifie le fait qu’une pensée, une émotion ou un acte que je ne tolère pas en moi, je le projette chez l’autre. C’est pourquoi avec le pervers narcissique tout ce que l’autre fait est volontaire et mal intentionné.

(c’est une déformation du réel)

« Si je suis en retard ce n’est absolument pas de ma faute mais parce que ce matin tu ne m’as pas préparé mon café, j’ai perdu du temps car tu es trop égoiste pour avoir pensé à moi !« 

La projection est la défense qui rend compte de ce qu’évoque le Docteur Eiguer quant à la résolution externe des conflits internes.

3 – Angoisse de perte d’objet :

Elle se situe vraiment autours du narcissisme. « J’ai une blessure narcissique très profonde mais je tente par tous les moyens de la restaurer« .

Ce qui est insupportable au pervers narcissique c’est de voir que l’autre ait une bonne image de soi, une joie de vivre, que ce soit une bonne et belle personne.

Et Ça, ça pointe très exactement ce qui lui manque. C’est lui montrer ce qu’il convoite, lui montrer quelque chose qu’il n’a pas et qu’il cherche pourtant coûte que coûte de tout son être. Il le cherche et en même temps fait croire qu’il l’a qu’il possède cette bonne image face à quiconque.

C’est là que se situe parfois le délire de grandeur, il s’invente une place supérieure pour ne pas voir à chaque fois que cette place est fausse ou perdue.

Symboliquement, on peut représenter comme « fétiche« , ce serait un peu le narcissisme des autres qu’il souhaite démolir pour l’en ôter lui aussi ou mieux, se le procurer. Ce qui nous amène très logiquement à la

4 – Relation analclitique :

Les pervers narcissiques vont obligatoirement avoir besoin d’un autre pour se sentir exister, tâcher de se faire idolâtrer, pour le mettre plus bas que terre et ainsi se sentir au dessus. L’autre est son objet par lequel il va obtenir jouissance.

Dans la littérature, il y a un terme qui revient beaucoup et qui est tout à fait significatif, c’est le fait de vampiriser. Comme un vampire, le pervers narcissique ne peut vivre sans un autre qui le nourrit. Si le vampire ne boit pas le sang de ses victimes, il meurt, pour les pervers narcissiques c’est pareil. Si l’autre n’est pas là pour lui fournir ses qualités, accepter la culpabilité, la faute ou être le mauvais objet à sa place, le pervers narcissique s’effondre et s’efforcera de trouver un nouveau complice.

Oui je parle de « complice » et non pas de victime tout comme l’évoque Alberto et vous comprendrez mieux pourquoi à la fin de cet article…

 

5 – Le respect des règles :

Pour le pervers narcissique comme pour le pervers, le rapport à la loi est problématique. Mais celui-ci va très souvent chercher à faire entendre que la loi est stupide, inutile voire, néfaste.

C’est très spécifique de ce fonctionnement. SA règle À LUI est mieux puisqu’elle est plus intelligente, plus logique. Mais ça ne prend en compte que son point de vue et ses bénéfices personnels.

Il va donc toujours dépasser des règles sociales ou judiciaires. Mais pas pour se faire prendre et punir non. Juste suffisamment pour que s’il se fasse prendre, il ait un simple rappel à l’ordre ou aucune possibilité de payer le prix fort de ses actes. C’est un don. Ces gens connaissent les lois par coeur ainsi que tous les vides juridiques dans lesquels évoluer.

Étude de cas

Essayons à présent de repérer ces 5 critères ainsi que d’autres manifestations significatives dans une étude de cas à travers le personnage de Fletcher dans le film Whiplash :

Comment Agir face à un pervers narcissique ? 

Comme évoqué plus tôt, vous avez vu que j’ai préféré employer le terme de « complice » du pervers narcissique plutôt que de « victime » car il faut savoir que certaines structures de personnalité sont plus propices à ce qu’un pervers narcissique se serve d’eux comme objet. Attention, cela ne veut pas dire que le ou la complice doive t-être culpabilisé et le pervers narcissique disculpé de ses actes. NON. Cela veut dire que plutôt que d’adopter une position passive de victime qui n’apporte rien de bon, analyser en quoi est-ce que l’on a pu être complice des abus de l’autre peut nous permettre d’être actif, moteur des changements que l’on va décider d’opérer, pour se sortir de cette emprise.

Donc qu’est-il possible d’analyser, de conscientiser, de mettre en place pour prendre le dessus sur une personnalité perverse narcissique ? Est-ce que ça m’appartient ou est-ce lui qui me le projette dessus ? C’est à dire est-ce que j’ai vraiment quelque chose à voir avec ce qu’il me reproche ou c’est de son problème dont il s’agit ?Le pervers narcissique ne reconnait rien de négatif en lui donc il le projette. En relevant ce qui n’a rien avoir avec moi, je conserve MA limite et pas la sienne.

  • Cela est particulièrement vrai au travail. Lorsqu’un supérieur hiérarchique fait le gentil, vous tutoies et demande à ce que vous le tutoyez également, rentre dans le domaine privé et personnel… Si c’est un pervers narcissique, il saura utiliser tout cela pour un bon retour de manivelle. En restant dans votre limite et pas celle du pervers narcissique, vous vous protégez de ce qu’il pourrait garder en mémoire pour vous mettre en situation délicate et plus tard, vous faire passer pour le mauvais objet.
  • Ne pas partager ses failles
    Comme avec Fletcher dans notre cas clinique, le pervers narcissique sait reconnaitre les failles chez les sujets, c’est un excellent observateur. Il trouvera vos failles pour les mettre au grand jour et ainsi se mettre en position de force. Ne lui facilitez pas la tâche, ne lui donnez pas le bâton pour vous faire battre, faites passer vos erreurs et failles sous silence.
  • Notez les actes et paroles qu’il fait ou dit pour le mettre face à lui même lorsqu’il s’en défend.
    En tant que bon objet, pur et parfait, le pervers narcissique à horreur qu’on le mette à défaut. En général, lui pointer quelques fois objectivement ses manipulations et erreurs peut le faire fuir,  car soulever ses défauts vient percuter son déni et son clivage du moi donc il est probable que ce soit lui qui décide de vous évincer de sa vie.
  • Couper la relation.
    L
    a relation anaclitique dont nous avons beaucoup parlé rend les pervers narcissiques et leur complice comme un toxicomane et son produit. Donc le manque, la perte de SON objet est insupportable. Et Là, le pervers narcissique va mettre « tapis » et va se montrer plus pervers que jamais avec beaucoup de chantage affectif, mais il faudra tenir bon.Il va bientôt déprimer très fort et angoisser. Jusqu’à trouver un nouveau complice avec qui se sentir à nouveau exister.
  • Faire appel à un tiers.
    La relation est duelle et c’est donc noir ou blanc, vrai ou faux, il n’y a pas de demi-mesure. C’est l’autre qui a tort. Point barre. En faisant appel à une tiers personne, ça donne l’opportunité que l’on rassure le complice ou la victime sur le fait qu’il ne soit pas le mauvais objet. Le discours du pervers est entaché de doute et cela est bon pour tout le monde.
  • Faire appel à un professionnel.
    Et bien oui, pour analyser une situation dans laquelle on s’est embourbé inconsciemment ou parce que l’autre à été très fino, il est intéressant de venir analyser se qui se passe.Repérer les répétitions, les enjeux d’une relation et enfin trouver des actions que l’on souhaite mettre en place pour créer de nouvelles conséquences.

Si vous souhaitez plus de conseils et méthodes pour faire face à cette personnalité pathologique, je vous laisse ci après des sources très utiles : 

– P.-C. Racamier, Les perversions narcissiques (2012) Payot : https://amzn.to/2ys1UEx
– H. Vecchiali, Mettre les pervers échec et mat (2014) Marabout : https://amzn.to/2wWzuSF
– H. Searles, L’Effort pour rendre l’autre fou (2003) Folio : https://amzn.to/3brV7tc
– J.-C. Bouchoux, Les pervers narcissiques: Qui sont-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ? (2014) Pocket : https://amzn.to/2RRAIG4
– S.Freud, Névrose, psychose et perversion (2010) PUF : https://amzn.to/2KoXBww
– A. Eiguer, La perversion narcissique, un concept en évolution – Dans L’information psychiatrique 2008/3 (Volume 84), pages 193 à 199 : https://www.cairn.info/revue-l-inform…
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Conseils en temps de confinement

Photo : Daniel Tafjord

Je vais ici tâcher de répondre à ce qui relève de mon domaine de psychologue clinicien en ce qui concerne les mesures non explicites de confinement qui ont court aujourd’hui en France pour cause d’épidémie (si ce n’est de pandémie) du coronavirus ou COVID-19. Quelles sont les conséquences psychologiques d’un tel enfermement à court ou moyen terme et de quelle manière peut-on se faciliter la tâche afin de sortir grandit de cette épreuve commune…

Lorsque Lundi 16 Mars 2019, le Président Emanuel Macron a préféré répéter à plusieurs reprises, lors de sa dernière allocution, « nous sommes en guerre » plutôt qu’une seule fois employer le terme « confinement »,
la stratégie de communication politique était calculée et assumée.
Quand l’on lit la définition du Larousse pour le terme « confinement » on comprend peut-être mieux pourquoi : « Situation d’une population animale trop nombreuse dans un espace trop restreint et qui, de ce fait, manque d’oxygène, de nourriture ou d’espace. »

En dehors de cette définition plus qu’anxiogène, confinement nous vient de « confins » qui nous vient du latin confinium, => voisinage, c’est à dire la proximité.

Le confinement, c’est la proximité si ce n’est la promiscuité.

Parler de nous mettre en guerre c’est nous solliciter dans notre position active de citoyen, de prendre position face à la menace, nous pourrions (presque) en dégager une certaine fierté. Se confiner, c’est être passif, craintif… Rien de très valorisant.

En psychologie, c’est la même chose. Se laisser aller dans une position passive de sujet n’apporte jamais rien de bon. Quelle que soit la difficulté psychique que vous avez à traverser dans votre vie, c’est une position active de sujet qui va vous faire créer des solutions, modifier vos pensées et vos actes. C’est un préalable à toute évolution ou guérison.

Les personnes qui vont se laisser aller durant cette période de confinement risquent de s’effondrer psychologiquement comme nous pouvons parfois cliniquement le constater chez des détenus. Mais la clinique des détenus nous apporte aussi un éclairage sur celles et ceux qui ressortent d’une privation totale de liberté avec une belle évolution personnelle : la volonté de malgré tout rester aux commandes de sa vie.

 

Quels sont les risques psychologiques les plus courants dans la situation actuelle ?

1/ Anxiété, stress, angoisse

L’Être humain s’angoisse dès qu’il ne comprend pas quelque chose qui lui arrive. La diversité des informations nous empêche parfois d’avoir une donnée fiable sur laquelle nous positionner définitivement. Le flou global quant à ce que le virus pourrait faire en terme de symptôme pour soi ou les autres ainsi que son niveau de propagation ne sont à ce jour presque que des suppositions (dans le pire des cas) ou des estimations (dans le meilleur des cas).
En tant qu’êtres sociaux, ces incertitudes anxiogènes, nous nous les transmettons plus facilement et rapidement que le virus lui-même…
Sans parler du stress que donnent les perspectives économiques suite à cet événement.

Pistes et bonnes pratiques
– Sélectionner soigneusement ses sources d’information. Si l’on n’a pas de bagage scientifique, se référer aux données communiquées par le ministère de la santé et l’Organisation Mondiale de la Santé. Mais se renseigner pour quitter le flou vecteur d’angoisse est fondamental.
– Parler de ses craintes et des scénarios que l’on imagine afin de le confronter à la pensée d’autrui (d’un thérapeute serait judicieux)
– Ne pas se focaliser exclusivement sur le coronavirus et ses conséquences. Se rappeler que la vie continue et dépasse ce sujet. Rassurez-vous en voyant tout ce sur quoi vous avec encore une possibilité d’action.
– Se faire plaisir et se changer les idées. Se récréer au sens premier du terme.
– Faire de la méditation. Dans un premier temps utiliser des vidéos ou podcast en libre accès si l’on n’est pas habitué à cet exercice. Dans un second temps consulter un professionnel.
– Faire un travail d’introspection sur les pensées qui nous angoissent. Ce travail pourra éventuellement se poursuivre avec un professionnel.
– Si les manifestations anxieuses sont trop fortes : consulter un psychologue dès à présent par visioconsultation.

 

2/Isolement et Ennui

Nous sommes d’une, des êtres sociaux et de deux, des êtres complexes. Ce qui veut dire que nous avons besoin de stimulations. Nombreuses et différentes.
La plupart des êtres humains ont un besoin important de rentrer en communication avec autrui, de partager sentiments, pensées et émotions. Sans ça, nous nous sentons seul et isolé du monde.
De plus, suivant le temps que peut durer un confinement, le plaisir à regarder des séries, des films ou lire des livres peut fatalement perdre de sa valeur. C’est bel et bien parce que ce n’est pas notre quotidien qu’une activité peut s’avérer intéressante et motivante.

Pistes et bonnes pratiques
– L’important est de continuer de communiquer. Nous sommes des êtres sociaux !
Utilisation des moyens modernes de communication. Parlons nous par la fenêtre si nous sommes seul sans terrasse, sans balcon, sans famille.
– Diversifier au maximum ses activités afin de pouvoir les faire tenir dans la durée.
– Les études auprès de cosmonautes nous indiquent qu’il faut vivre « au jour le jour » (voir notamment vidéo en source sur l’étude « Mars 500 »). Se projeter dans le temps est très négatif. Il vaut mieux accomplir chaque jour dans une routine.
– Se préparer les repas. Éviter les plats préparer. Cela constitue aussi bien une activité qu’une règle d’hygiène de vie. Le goût et l’odorat sont des stimulations très positives pour tout un chacun et le temps du repas est une chance pour le nez et les papilles !
– Se forcer à faire de l’activité quotidienne. Cela apporte plaisir et satisfaction tout en (espérons-le) consolidant une bonne image de soi !
– Se donner un objectif journalier, hebdomadaire, mensuel et se récompenser une fois qu’on les atteints progressivement.
– Profiter de faire une chose que l’on a jamais osé ! Apprendre à jouer d’un instrument, une nouvelle langue, écrire un livre, etc.
– Ne surtout pas se dire qu’on a le choix mais suivre les règles que nous nous sommes fixés sans croire un instant que l’on puisse en déroger.

 

3/ Disputes, frustrations, aggravation de conflits en tout genre

Dans les derniers jours… Combien de fois n’avez vous pas pu faire ce que vous souhaitiez ? Combien de fois avez-vous dû dire non à vos enfants ?
C’est un vrai problème pour les accords de paix que nous tâchons de maintenir dans notre confinement !
La promiscuité catalyse les frustrations, les mésententes et incompréhensions en tout genre. Et malheureusement, au sein des familles, il est rarement question de faire preuve d’autant de retenu et de tact que nous le faisons avec les personnes extérieures.
Une personne agressive, violente, perverse ou manipulatrice aura donc ses attitudes et comportements exacerbés… Prenons garde à cela chacun pour nous-même, c’est la première étape.

Pistes et bonnes pratiques
– Terme utilisé et réutilisé depuis quelques années, il est pourtant aujourd’hui nécessaire de s’appliquer un maximum de bienveillance (envers soi, envers les autres). La situation est difficile pour tout le monde. Soyons bienveillants.
– L’altruisme est une bien meilleure piste que les réactions et comportements compulsifs. Nous devons tâcher d’être très conscients de nos faits et gestes afin qu’ils soient tourné vers l’autre et pas en réaction à l’autre. Comme j’ai déjà pu le dire par ailleurs : « C’est rarement l’attaque de l’autre, mais plutôt sa défense qui nous heurte »
– S’accorder -dans le mesure du possible- des temps de retrait, seul, à l’écart des autres pour ne se focaliser que sur soi.
– Éviter les excitants comme le café ou autre qui vont notamment impacter votre patience, voire, votre sang froid.
– Le pardon est une vertu que nous allons devoir remettre au goût du jour ! C’est encore mieux s’il est sincère et qu’on y croit !
– Face à des difficultés de gestion des émotions, de comportements agressifs qui vous dépassent ou autre, je ne peux que vous encourager à consulter un thérapeute. C’est le bon moment d’ailleurs, profitez-en vous avez le temps et pas d’excuse de trajet : les séances à distance sont formidablement efficientes comme elles le sont en présentiel.

 

4/ Épuisement et burnout des personnels soignants (au minimum)

Les personnels soignants français étaient déjà mal en point avant cette crise, tout le monde en a conscience. La situation actuelle est pour la plupart d’entre eux une rude épreuve supplémentaire. Sans parler de l’épuisement physique qui n’est pas de mon ressort, l’épuisement psychique et les craintes pour sa santé personnelle, l’angoisse de le transmettre à ses proches après avoir passé toute la journée auprès de personnes infectées et bien évidemment, la crainte d’être débordé dans sa capacité d’accueil ce qui amènerai inévitablement à de difficiles choix éthique… Tout cela forme un cocktail explosif.
À ne pas oublier : lorsqu’un être humain est en situation de stress et d’hyperactivité, en général, il tient. C’est après, lorsque la vie « normale » peut recommencer que des troubles ou, plus grave, des décompensations peuvent se manifester. Nous devrons tous à notre tour être attentifs à leur égard, surtout en tant que professionnels du soin psychique.

Pistes et bonnes pratiques
– À l’heure actuelle, la « bobologie » devra se passer de médecins généralistes et plus encore des services d’Urgence.
– Pour celles et ceux qui vivent avec un proche qui exerce actuellement dans le champ de la santé ou est réquisitionné, nous devrons accepter pas mal de choses, faire preuve de bienveillance et de soutien.
– Leur faciliter la tâche à domicile en leur offrant un espace et un temps de repos. On ne sait pas pour combien de temps et à quelle intensité ils vont devoir travailler de la sorte.
– Leur changer les idées, ce qui n’est pas facile dans la mesure où ils ne pensent, vivent, parlent que covid depuis plusieurs semaines ! Leur entourage aussi soit dit en passant.
– À nouveau, les consultation en soin psychique sont nécessaires et peuvent améliorer la prise de recul.
– Continuer de leur montrer notre gratitude. Vous pouvez me croire, cela les touche beaucoup. Quand à 20h la France applaudit à son balcon. Ils sont émus aux larmes.

 

5/ Comportements addictifs en hausse

Stress, psychose, isolement, ennui, dépression… Autant de facteurs qui peuvent pousser à trouver des échappatoires. Les sensations de manque sont plus fortes face à l’ennui. Les moments de conscience modifié rendent parfois la réalité plus facile à vivre et à accepter.
Une fois ce type de comportements installés, voire, renforcés par des expériences de plaisir, le cercle vicieux et l’accoutumance peuvent s’installer/se décupler.

Pistes et bonnes pratiques
– Se restreindre à des moments particuliers bien spécifiques.
– Tâcher de conserver les mêmes consommations qu’en temps normal.
– Profiter de ce changement extraordinaire dans notre vie quotidienne pour arrêter une consommation problématique.
– Suivre les recommandations de l’OMS comme repère si l’on en a pas.
– Contacter/Consulter un addictologue.
– Consulter un thérapeute spécialisé en addictologie par visioconsultation.
– Trouver une nouvelle activité, un nouveau comportement apaisant.

 

6/ Dépression

Nous sommes des êtres complexes et comme évoqué plus tôt, nous avons besoin de stimulations. Dans les cas extreme, ce manque de stimulation, d’imprévus et de rencontres sociales peuvent finir par nous faire se désinvestir de ce que nous avons pourtant l’habitude d’aimer faire ou vivre.
De même, nous nous retrouvons dans une situation inédite dans laquelle nous n’avons que très peu d’emprise sur ce qui nous arrive. Ne pas avoir le sentiment d’être aux commandes de ce qui nous arrive dans notre vie est un réel facteur de risque dépressif.

Pistes et bonnes pratiques
– Consulter un psy ! La dépression est ainsi faite que souvent les gens n’ont pas la motivation de se soigner. C’est le serpent qui se mord la queue. Vous devez consulter au plus tôt afin de vite vous sortir de là.
– Maintenir des liens sociaux. Lorsque les virus infectent nos ordinateurs, nous pouvons rencontrer l’autre dans le réel. Lorsque nous sommes infecté par un virus, nous pouvons rencontrer l’autre grâce à nos ordinateurs.
– Avoir – malgré le confinement – une hygiène de vie irréprochable et reprendre un rythme de vie. Cela surprend parfois mes patients, mais en cas de dépression, j’évalue d’abord et avant tout leur quotidien et leurs habitudes avant de chercher toute cause psychique ou environnementale.
– Reprendre les rênes de sa vie sur ce que l’on peut. Il faut à tout prix garder une position active de sujet. C’est depuis cette place que l’on peut s’en sortir. Certainement pas dans la passivité et le fait de s’éteindre à soi-même.
– Trouver du sens à ce que l’on fait, ce que l’on vie, ce qui nous entoure.
– Consulter un psy. Oui, j’insiste.

 

7/ Délires paranoïdes et conspirationnistes

Le problème des délires paranoïdes, c’est qu’ils s’appuient toujours sur une base réelle et que c’est dans un second temps que l’imaginaire fait des liens abusifs. Les personnalités paranoïaques peuvent n’avoir que peu de signes pendant des années et être à un moment donné face à une situation dans le réel qui fait flamber le délire.
Autant dire que là entre crise sanitaire, économique, décisions politiques inédites… Le cocktail est bien chargé.

Pistes et bonnes pratiques
– Consulter… Franchement dans ce cas de figure où l’individu ne va vouloir (sur)interpréter son environnement et les informations qui lui sont données, uniquement pour valider son délire et sa construction imaginaire… Il n’y a que l’aide d’un professionnel qui peut parvenir à quelque chose.
À moins que celui-ci ne soit lui aussi de mèche avec les puissants, les lobbys et autres sociétés secrètes ! Bien entendu.
– Si un de vos proche se retrouve dans ce genre de pensées et de discours, faire une coupure avec les médias et les réseaux sociaux est une (première) mesure intéressante. Il existe tout sur internet, donc quoi que puisse penser une personnalité paranoïaque, cette personne trouvera toujours des « sources » pour valider ses croyances et son délire.
– Ne pas chercher à raisonner ou démonter son argumentaire, cela le renforce. Si c’est plus fort que vous, vous pouvez davantage avoir un échange constructif en parlant de ce que cela lui fait ressentir plutôt que sur la logique.

 

 

Personnes à risques potentiellement plus élevé :

Bon nombre des éléments abordés ici peuvent être décuplés chez les enfants et les personnes ayant déjà des troubles psychiques. La vigilance et l’accompagnement de ces personnes est donc d’autant plus nécessaire.
[J’attire également votre attention sur un aspect qui n’est pas tant psychologique mais éducatif : Durant cette période d’enfermement avec nos enfants, il est plus que probable que certaines règles subissent des entorses… Le problème n’est pas dans le maintenant mais pour l’après. Faire comprendre à un enfant que ce qu’il pouvait faire à un moment X est à nouveau interdit à un instant Y n’est pas chose simple. Les enfants en bas âge ne peuvent pas effectuer ce genre d’abstraction. Cela leur est impossible.
Ne pas respecter les règles habituelles de la maison s’est s’exposer à ce que ce soit toujours le cas après le confinement.]

Autre facteur de risque, comme très souvent, la catégorie socio-professionnelle. En effet les personnes les plus modestes courent un risque plus grand dans la mesure où ils sont plus soumis à la promiscuité, le manque d’espace extérieur et la possibilité de diversifier leurs activités par manque de moyens.
Cette population doit particulièrement susciter la vigilance et le soutien des professionnels de la santé psychique.

En conclusion :

Comme le dit la conclusion d’une étude que je mets en source (The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence) : « L’impact de la quarantaine est vaste et peut persister. Cela ne veut pas dire que la quarantaine ne doit pas être utilisé. Les effets psychologiques de ne pas utiliser la quarantaine et la propagation de la maladie pourraient être pire. »
En tout cas, c’est le consensus actuel.

Nous manquons malgré tout d’un recul fiable et nécessaire. De nouveaux travaux sur le long terme devront nous en apprendre davantage sur les effets psychologiques et sanitaires de telles mesures.
Dans un premier temps, ce sont les cliniciens qui devront rapporter le plus précisément possible ce qui se joue dans le discours et donc le psychisme de tout un chacun. Ce sera un matériel très important pour la recherche et la littérature à venir.

 

Bon confinement à toutes et tous, prenez soin de vous, de vos proches et cultivez votre altruisme !

 

Si le message passe plus facilement en vidéo, vous pouvez cliquer directement :

 

Sources :
– https://lookaside.fbsbx.com/file/The%20psychological%20impact%20of%20quarantine%20and%20how%20to%20reduce%20it.pdf?token=AWyKInydt6WruUxCtBpBSMp4FIm2Gol2ptjXDiE2HZBKtx-TBpq06FjtFGtV9MGmWZ0NIyaNbkn6E5mufAP1YdsfNew_4de8v72-YYAqlq_kpFo49gjHMeKRSp8LHRrPe0YhpuVn7JvtUoGD8P1vIL1028kenL60l-Oed1mxQttMlQ

– http://theconversation.com/covid-19-point-par-point-des-recommandations-dexperts-pour-reduire-les-effets-psychologiques-negatifs-lies-au-confinement-133811

– https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/les-effets-psychologiques-de-la-quarantaine_142244#

– https://www.cafe-sciences.org/covid-19-ressources/

– Vidéo : Mars 500 et au-delà | Romain Charles | TEDxPanthéonAssas = https://www.youtube.com/watch?v=kP0QUncxn9A

– https://www.3-6-9-12.org/confinement-nos-conseils-de-vie-quotidienne/?fbclid=IwAR3LL-NW2kU8AFTNi3oeG7Z_4bUDlvwAM9vid7WMKZEMNmLKHdttRx1fg7A